
J'ai longtemps hésité à faire garder l'agrume quand il était plus petit parce que faire garder son bébé quand on est à la maison ça a quelque chose de très culpabilisant.
Cette culpabilité, j'avais réussi à me la mettre toute seule comme une grande en trouvant ça un peu gonflé de ma part de mettre mon fils à la crèche alors que j'étais là, presque fraiche et dispo. Mais surtout, je l'ai perçu dans les mots et les regards de certains autres. Bref j'étais vraiment tiraillé il y a de ça à peine deux ans.
Et puis avec le temps, à l'approche mine de rien sa première rentrée l'année prochaine, et après l'inscription avortée à la halte jeux car les transports en commun, quasi inexistant ici, ne me permettaient pas de l'emmener quand je voulais, j'ai déposé par deux fois un dossier pour avoir une place en crèche, dossier refusé deux années de suite et sans explication.
Je dois dire que c'est assez frustrant de ne pas savoir pourquoi et à chaque refus ressurgissait cette culpabilité, comme si chaque non sous entendait, é non mais pourquoi faire garder son enfant quand on est là pour le faire"
La encore j'ai fait un gros travail sur moi même et le destin, la joie des jolies rencontres, la famille qu'on redécouvre et c'est précieux, les lectrices de blog qu'on croise devant l'école, tout m'a amené à côtoyer des assistantes maternelles, métier que j'ai moi même voulu excercer et que je garde dans un coin de ma tête, et tout s'est éclairé.
Je ne voulais pas faire garder l'agrume tous les jours, seulement quelques heures par semaine, pour couper un peu le cordon comme on dit mais surtout pour qu'il évolue au milieu d'autres enfants et se sociabilise ( même si je déteste ce mot).
Je me suis donc décidée avant l'été et j'ai trouvé à qui confier mon fils, 6 heures par semaine, qu'il allait passer avec sa nounou et plein d'autres enfants au RAM de mon village.
L'adaptation a donc commencé en Septembre et si c'était difficile pour lui, ça l'était aussi pour moi et je suis peut être restée plus que de raison à ses côtés. Et puis au fil des semaines, des heures passées là bas, je me suis fait plus discrète. D'abord 30 minutes, puis 1 heure, l'essentiel pour la nounou comme pour moi était que ça se passe bien pour lui et qu'il se sente à l'aise. On était donc sur la même longueur d'ondes.
Depuis un petit mois, il reste deux matinées par semaine, avec des pleurs pour nos premières séparations, puis plus rien depuis cette semaine. J'avoue que je partais le coeur bien lourd lorsqu'il pleurait au moment de passer de mes bras à ceux de la nounou mais elle a toujours su me rassurer avec des mots, des photos.
Aujourd'hui ça se passe bien et je le laisse quelques heures avec l'esprit tranquille. Maintenant c'est quand je le récupère qu'il pleure. Je le sens à sa place là bas, très bien entouré, et si il est bien, je le suis aussi.
Et moi justement, ces heures ou je suis seule m'ont fait au départ un drôle d'effet. Même les commerçants me voyant sans enfant se fendent encore d'un " mais vous êtes toute seule aujourd'hui ?" c'est dire combien ça m'arrive si peu souvent que même des gens que je vois deux minutes par jour l'ont remarqué.
Ca me permet de faire ce que je ne peux pas faire quand ils sont là, notamment ces dernières semaines m'occuper de beaucoup mais vraiment beaucoup d'administratif. Je n'aurai jamais pu le faire si je n'avais pas eu ces heures a ma disposition. Ce sont des moments ou j'abats des to do list longues comme le bras, et je m'accorde un café chaud aussi excusez moi du peu.
C'était le bon moment pour le faire, le bon endroit, la bonne personne, et je suis ravie d'être passée outre mes questionnements d'antan.
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