
L'agrume c'est mon bébé arc en ciel, un cadeau de la vie, ma cerise sur le gâteau de la maternité, encore faut il qu'on s'imagine que c'en est un. Il est plein de vie, il me fait rire, il m'épate et c'est du bonheur en barre que de l'avoir à nos côtés chaque jour.
Il vient d'avoir 19 mois, et en plus du temps qui passe et du bébé qui devient doucement mais sûrement un petit garçon, c'est pour moi un âge charnière, un âge qui me fait peur.
Pourquoi commencer à avoir des craintes à 18/19 mois alors qu'avant je l'ai regardé poussé sans me poser de questions ? Parce que c'est l'âge auquel Jajaja a commencé à montrer des signes qui auraient du nous alarmer. Qui nous ont sûrement alerté puisque je me souviens de ces petits changements progressifs dans son comportement comme si c'était hier.
J'ai relu de vieux articles ou je parlais de lui, de sa gourmandise, des mots qu'ils prononçaient, jamais je n'aurai pu imaginer qu'à 18 mois tout allait changer et pourtant ça semble être une période charnière lorsqu'il s'agit de l'apparition de troubles autistiques. Mais j'imagine que les parents qui n'ont jamais connu ça n'y pense même pas, comme moi je ne m'en étais jamais fait pour Jajaja avant cet âge là.
Est ce que j'ai des raisons tangibles de m'en faire pour l'agrume ? A priori aucune, mais je crois que quand on a vécu ça avec un de ses enfants, on reste sur ses gardes avec l'angoisse chevillée au corps.
Il est tout le temps dans l'intéraction ,dans l'imitation, nous montre les choses qu'il veut en les pointant du doigt, nous appelle, nous regarde dans les yeux, répond à son prénom, autant de choses qui devraient nous mettre la puce à l'oreille si ce n'était pas le cas.
J'avoue qu'avant Jajaja et la découverte de ses troubles, jamais je n'aurai pensé à contrôler tout ça, des trucs de carnet de santé on a tendance à le penser, d'autant qu'on nous serine constamment avec le fait qu'il faut laisser les enfants grandir à leur rythme.
Ne plus trop parler, arrêter de manger normalement, avoir l'air dans ses pensées, autant de choses dont on peut se dire que ce n'est qu'une passade, mais parfois ça dure un peu plus, un peu trop longtemps.
Ne pas m'en faire,c'est ce que j'ai essayé de faire pour tous mes fils, c'est ce que je fais encore, mais je ne peux m'empêcher de vivre avec les fantômes du passé, comme ça m'est aussi arrivé pour le Mistouflon au même âge..
On pourrait me dire que je cherche les problèmes là ou il n'y en a pas mais je crois que je ne peux pas m'en vouloir, qu'on ne peut pas m'en vouloir, qu'une fois qu'on a connu le parcours qu'on a vécu avec Jajaja, ça ne peut être qu'une évidence de réagir ainsi.
D'autant qu'à contrario de beaucoup de personnes qui se demandent si il était bien raisonnable qu'on refasse des enfants après avoir eu Jajaja, je ne me suis jamais posée ce genre de question.Peut être par inconscience, peut être par espoir car je me fis aux progrès de mon fils, à mes espoirs aussi sûrement, certains me traiteront d'utopiste ou diront que je me mens à moi même, mais il n'en est rien. J'ai trop d'exemples autour de moi pour baisser les bras.
Je vais donc continuer à regarder grandir l'agrume, avoir le coeur plein lorsqu'il me fait ses grands sourires, essayer d'être le meilleur public de la terre lorsqu'il fait le clown, lui répondre le matin même à moitié ensuqué quand il me lance des tonitruants coucous, être heureuse quand il finit toute son assiette, aller de l'avant toujours.
Mais accepter d'avoir peur aussi même si ça n'évite pas le danger.
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