Ça me fait toujours peur quand je reçois un appel ou un SMS un peu plus tard que d'habitude dans la soirée. Je pense souvent que c'est mauvais signe.
Hier soir pas de coup de fil, pas de texto mais ma mère qui est venu frapper à notre porte à presque 22h.
" Pépé est mort" elle a dit.
Zozo en train de manger et moi sur le canapé on est resté hébété, c'est le mot juste, mais sur le coup je n'ai pas ressenti grand chose.
Et plus tard dans la soirée, pas grand chose de plus.
Alors j'ai commencé à m'en vouloir, à me trouver atroce, sans cœur, mon dernier grand parent était mort et je n'ai même pas pleuré.
Évidemment j'ai du chagrin pour mon père. Je sais combien il l'aimait et l'importance qu'il avait dans sa vie. J'aurai voulu moi aussi le voir avoir 100 ans en Avril prochain mais avoir vraiment de la tristesse je n'y arrive pas.
Il faut dire que nous n'avons jamais été très proche malgré les 2 kilomètres qui nous séparaient, même si on a toujours été en bon terme. Je ne saurais pas trop dire pourquoi, je me dis juste que c'est comme ça.
J'ai eu beau chercher depuis hier soir, je n'ai aucune photo de lui, aucun souvenir marquant de quelque chose que j'aurai fait avec lui. Pas de repas de famille, pas de Noël, aucun anniversaire.
Je me souviens d'un petit bonhomme en pantalon de velours, qui râlait souvent, qui souriait sans avoir de dent, de sa façon de parler provençal, d'avoir toujours les manches retroussées et de se faire rire tout seul.
Je me souviens aussi de Dimanche soir, parce que j'allais surtout là bas le Dimanche soir, d'une toile cirée avec des chiens de chasse, d'un sirop d'orgeat toujours trop sucré et d'un canapé gris d'ou je le regardais pester contre les candidats de Julien Lepers
Il était en hôpital de jour depuis presque 10 ans et je n'étais pas retourné le voir depuis longtemps. Il n'a jamais connu ses deux derniers petits fils. Je n'ai jamais voulu les emmener la bas. Je trouvais ça glauque comme endroit mais lui aurait peut être été heureux de voir le grand sourire de Jajaja, pas ses cheveux il aurait détesté. Ou que le Mistouflon me ressemble comme deux gouttes d'eau. Mais il n'en saura jamais rien.
Je continue à m'en vouloir énormément, a me trouver monstrueuse même, mais je n'y peux rien et je ne sais pas faire semblant.
Je crois que l'on s'est aimé mais mal, lui trop fier et trop bourru pour montrer ses sentiments et moi prise dans la spirale de celle qui sur deux cousines et un cousin pensait être le vilain petit canard.
Du coup en grandissant je le suis restée et je me suis toujours mise à part, passant sûrement pour la sauvage, la sans cœur.
Je n'ai pas de vrai tristesse, mais je n'ai presque pas dormi et j'ai fait le ménage à fond ce main. Ranger, changer de place, jeter, j'avais clairement besoin d'évacuer.
Samedi je serai à son enterrement, pour soutenir mon père, et pour me souvenir avec lui quel complexe petit bonhomme était mon grand père. On m'a demandé si je voulais écrire et lire un petit texte. J'ai refusé. Je ne me suis pas sentie légitime de le faire.
Ce que j'aurai envie de dire à ma famille si ils étaient prêts à l'entendre...
Qu'il me restera beaucoup de nostalgie, son buffet jaune dans ma cuisine, un vieux saladier Arcopal et quelques bribes d'enfance mais ne m'en voulez pas je ne pleurerai pas.
PS : J'ai un réel problème avec la mort, les défunts et les enterrements en général. J'en ai conscience. Je n'attends pas de condoléances, j'ai juste voulu me confier un peu.
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